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Trois protagonistes principaux : Marina, 30 ans, qui vit encore chez ses parents, est la secrétaire de son père, Murray Twaite un grand écrivain. Danielle, à peu près le même âge, journaliste. Julius, 30 ans, pigiste, gay. Ces trois là sont amis depuis l’adolescence, on a même l’impression qu’ils n’en sont pas encore sortis ! Jeunesse branchée, entre soirée mondaine, paillettes, les trois personnages nous parviennent comme des enfants gâtés, intelligents, doués, capricieux…. Mais ils ont du mal à faire coïncider leurs rêves d’ados et la difficulté du quotidien. Deux personnages arrivent rapidement et vont faire basculer ce petit monde : Ludovic, jeune homme séduisant et voulant révolutionner le mode de pensée de l’intelligentsia new-yorkaise par le biais d’un nouveau magazine : Le Monitor. Bootie, le cousin germain de Marina qui arrête ses études car il se destine à un futur moins formaté que ce que peut offrir l’université. Danielle rencontre Ludovic à Sydney, se sent attirée par lui et sent comme une réciprocité, mais Ludovic vit une histoire d’amour avec Marina… Bootie arrive de sa province à New York, et au fur et à mesure prend la place de secrétaire de Marina auprès de son père, le Grand Murray. Bootie découvre un manuscrit caché dans les affaires de Murray, et à sa lecture, se rend compte qu’il adule un homme qui écrit beaucoup pour ne rien dire, un homme qui a une liaison… un Homme. A partir de là, l’image si parfaite de la famille et des amis se délite… Tous ces personnages sont reliés entre eux par Murray Twaite, c’est la figure paternelle de toute cette jeunesse. Il est tout d’abord adulé mais au fur et à mesure de l’arrivée de Ludovic et Bootie, il perd de sa splendeur pour redevenir une personne normale et non plus une icône comme en début de roman. Chaque bref chapitre correspond à un mois de l’année 2001, plus on se rapproche du 11 septembre, plus on sent qu’il faut qu’il se passe quelque chose dans la vie des personnages. C’est le point culminant, tout s’écroule. Ces trentenaires entrent définitivement dans l’âge adulte, et doivent aller à l’essentiel. A quoi s’intéresse un peuple qui vient de vivre un tel traumatisme, a quoi sert-on comme individu dans une société si abîmée? Avec cette brochette d’anti-héros, Claire Messud nous offre une vision très narcissique de l’intelligentsia américaine, les faux-semblants, l’hypocrisie. En fait, sous leurs airs de petits bourgeois intelligents et cultivés, ils sont médiocres et pataugent dans le futile. Cette lecture est un vrai plaisir, on aime les suivre, l’écriture colle vraiment au propos, on découvre aussi la ville de New York, qui semble très chère à l’auteur. Tout au long de ce roman, on attend le 11 septembre, afin que les personnages prennent un peu de profondeur ; aucun d’eux ne parvient à s’accomplir, et seul un évènement de cette envergure peut leur faire prendre contact avec la réalité. Les Enfants de l’empereur est une comédie douce amère sur l’innocence perdue. Séverine Nicolle Claire Messud, Les Enfants de l’empereur (Gallimard, 2008) |












