Ce roman est tiré d’une pièce de théâtre présentée pour la première fois au festival d’Avignon en 2007. Puis est née l’idée d’un livre écrit avec Mohamed Kacimi. Il a fallut raconter l’histoire avec plus de détails, plus de violence, et ce magnifique texte a vu le jour. Darina naît en 1968 à Beyrouth au liban. Dans une famille d’intellectuels très libres, elle grandit tranquillement, va à l’école chrétienne et ce n’est qu’en 1975, quand la guerre est déclarée qu’elle apprend qu’elle est musulmane. Sa mère est chiite, son père est syrien, réfugié politique, journaliste et surtout laïc.
Il fait grandir ses filles avec une éducation « d’homme ». Tout leur est permis, la première cigarette, c’est lui ! Le premier verre d’alcool, c’est encore lui !
‘Mes filles, regardez comme ils sont prosternés, vous, vous ne donnerez jamais votre cul au ciel. Aux hommes tant que vous voulez, mais pas au bon Dieu. Vous avez le droit de sortir, de perdre votre virginité, de tomber enceintes, mais, je le répète, je ne veux voir personne prier ou jeûner chez moi.’
Mais que fait-on avec tant de liberté quand on est une femme dans un pays en guerre ?
Et bien, on vit à mille kilomètres à l’heure, pour se sentir vivante et défier cette guerre, Darina fume dès l’âge de 13 ans, se drogue dès 16 ans, et a une activité sexuelle compulsive.
Le livre commence à la mort de son père par une phrase très forte qui donne le ton :
‘Arrêtez ce Coran de malheur !’.
Darina s’oppose aux chants religieux du rite funéraire, son père était laïc et aurait détesté ça.
Ce livre fut une vraie découverte, il se lit comme un roman alors que c’est un récit. Darina nous fait traverser cette guerre du côté de la Vie, malgré la douleur ressentie tout au long du livre. Son arme, c’est son corps, et sa volonté de vivre malgré tout.
Car c’est aussi un texte sur le corps : il lui appartient pleinement et il ne lui reste que la jouissance pour ne pas être happée complètement par cette guerre, alors elle fait l’amour. Elle ne se fixe aucune limite.
Elle nous montre à quel point la liberté de la femme est fragile, que la société libanaise est conservatrice et que malgré la guerre, le peuple juge sans cesse les comportements extravertis - ne pas être une bonne épouse, ne pas appartenir à une religion...
Elle nous fait rire et pleurer, la réalité de la guerre est là mais la guerre intérieure de Darina est celle qui nous emporte le plus. Elle va mourir ou devenir folle, c’est sûr…. Non, elle se relève sans cesse, devient Femme entre la guerre, l’exil, la folie et la mort.
Séverine Nicolle
Darina Al-Joundi, Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter (Actes Sud, 2008)
Le spectacle se joue à la Maison des Métallos à Paris jusqu’au 17 mai, cliquez ici pour plus de renseignements.