Devenu orphelin, Jové est envoyé sur la planète Maya par la société AgroCorp, spécialisée dans le maïs génétiquement modifié, et qui employait sa mère. AgroCorp voudrait conquérir tous les terrains de Maya, mais il y règne déjà d’étranges animaux cyclopéens : les Suris. Trree, vieux bonhomme d’origine indienne, veille sur ces indigènes et va apprendre à Jové le respect qui leur est dû.
Cette fiction a pour but de retracer le génocide indien, peuple représenté ici par celui des Suris, sorte de serpents- loutres, comparables à ce qu’étaient les Mayas avec un début de langage (ici des soupirs), d’écriture (des dessins sur le sable), la maîtrise du feu et une admiration pour le soleil (les grains jaunes de maïs). Ces « animaux » ne sont pas reconnus comme intelligents car non compris des humains à cause de leurs codes différents. Leur apparence hideuse (là encore à travers un regard d’homme) incite d’autant plus à leur destruction. Seules des offrandes (grains de maïs) permettent de pouvoir les approcher. Arme à double tranchant : les colonisateurs, lorsqu’ils ne procèdent pas à l’élimination pure et simple du peuple occupant déjà le terrain convoité, n’offrent-ils pas des cadeaux afin de l’acheter, de l’amadouer et de l’asservir ?
Enfin, la société AgroCorp produit du maïs transgénique qui tue les Suris car ils mangent les insectes dévoreurs du dit maïs. Qu’importe ? Le colonisateur se fiche des conséquences de ses actes. Ce qu’il apporte de l’extérieur prévaut sur ce qui existe déjà et comme le dit Trree : « tant que l’on croit que le danger ne concerne que les autres, personne ne bouge.» Jové, le personnage principal, représente tout un chacun face à l’inconnu, à l’étranger. Lui aussi a peur la première fois qu’il voit les Suris, et s’il n’était pas initié par Trree, il les décimerait sans aucun état d’âme. C’est donc la peur qui dicte la violence et la suppression de sa cause. Il faut longtemps à Jové pour comprendre et accepter les Suris, et même à la fin de son initiation, il commettra encore des erreurs. Comme quoi l’acceptation de l’autre en tant qu’être différent est longue et la cohabitation toujours difficile, quelque soit le temps passé.
Ce livre, qui semblait avoir pour sujet les OGM, nous montre surtout les conséquences de ce « progrès scientifique » sur le monde ancien et rejoint ainsi l’histoire de la colonisation indienne, s’ouvrant largement sur toutes les colonisations. Qu’en penserait José Bové à qui l’auteur a fait un sympathique petit clin d’œil en contractant son prénom et son nom pour donner naissance au non moins jovial héros Jové ?
Catherine Brosse
Frédérique Lorient, Apocalypse Maya (Syros, parution le 15 mai) À partir de 10 ans.