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Son dernier titre en date, Génération Chaos, est consacré à un sujet a priori plus grand public quoique paradoxalement peu étudié : les mouvements musicaux de la fin des années des années 70 et les bouleversements sociopolitiques qu’ils accompagnèrent. Ou pour dire les choses simplement : le punk et la new wave. Le lecteur spécialiste n’apprendra sans doute pas grand-chose au fil de ces pages, au mieux relèvera-t-il une anecdote qu’il ignorait. En revanche, le néophyte découvrira un survol quasi exhaustif de la période de près de 300 pages ; de manière limpide, il replace l’apparition du punk dans le contexte social et politique de l’époque. Toutefois, Bourseiller va à l’encontre de l’avis développé dans des ouvrages comme le New Wave rédigé sous le patronage de Jean-François Bizot (Panama), où ces courants étaient présenté comme étant la suite logique des mouvements de 68. Pour Bourseiller en revanche, punk et new wave marquent une rupture nette avec les idéaux hippie et assimilés : le monde n’est ni à changer ni à améliorer, il court à sa perte, on ne peut qu’en prendre acte. Si possible en faisant du bruit. Fort heureusement, Bourseiller ne prétend nullement être objectif, il revendique d’ailleurs cette partialité dès le prologue. Il s’intéressera donc en priorité aux personnalités dont il se sent le plus proche intellectuellement, que ce soit Malcolm McLaren, sur lequel l’influence de Debord et de l’Internationale Socialiste parait évidente, ou bien le méconnu fondateur de Throbbing Gristle, Genesis P-Orridge.
Bourseiller n’évite bien évidemment pas les figures classiques de l’exercice et consacre de longues pages aux anges déchus de cet âge noir, qu’ils s’appellent Sid Vicious ou Ian Curtis. Mais il ne s’en contente pas, et démontre que punk et new wave furent des mouvements globaux, englobant différentes disciplines allant de la littérature à la mode ; on ne s’étonnera donc pas de croiser au fil des pages David Lynch ou Thierry Mugler, Yves Adrien ou Derek Jarman. Il ne craint pas non plus de contrer certaines idées reçues : ainsi, certains ouvrages avaient failli nous faire croire que les groupes punks français avaient pratiquement fait jeu égal avec leurs homologues anglo-saxons. Il remet heureusement les pendules à l’heure et démontre qu’à de très rares exceptions, les punks de l’hexagone étaient surtout des poseurs et des suiveurs. Seuls les commentateurs – Yves Adrien, Alain Pacadis – sont épargnés. Christophe Bourseiller fait s’arrêter son enquête en 1981 environ, où la new wave atteint son apogée et devient autre chose. C’est l’émergence du rock gothique, The Cure en tête, le renouveau de l’industriel, le punk classique devenant hardcore – Dead Kennedys, Black Flag. Pour le grand public, la new wave apparaît comme la musique des ‘garçons coiffeurs’ – il faudra attendre encore quelques années pour que Depeche Mode devienne un groupe respectable. On notera quelques petites erreurs de ci de là – ABBA n’est pas un groupe norvégien mais suédois, le vrai titre du succès de Visage est ‘Fade to Grey’,… -, on pourra également lui faire quelques reproches, comme cette désagréable manie bien française de supprimer le ‘The’ des noms de groupes. Il n’empêche que comme la plupart des ouvrages de Christophe Bourseiller, Génération Chaos est une lecture très agréable et souvent passionnante, claire et didactique. Franck Suzanne Christophe Bourseiller, Génération Chaos (Denoël X-trême, 2008) Découvrez Joy Division! |








