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Les Gens Indispensables ne meurent jamais
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Les années 70, à Haïfa. Amir et Efi ont 12 ans, et cherchent à tout prix à savoir ce qu’il s’est passé ‘là-bas’, pendant la guerre.

La ‘loi de la compression’ est une invention qui a permis à leur deux familles, quasi anéanties par la Shoah, de s’approprier comme oncles, tantes, grands-pères ou grands-mères, toute personne née dans la même ville que leurs parents. Ainsi ont-ils récupéré, entre autres, grand-père Yosef, le sage, tellement généreux et empreint de religion, et grand-père Lolek, son opposé, ancien soldat de l’armée d’Anders, qui est passé maître en ‘affaires’, et négocie tout au centime près… 

Sous la surveillance rapprochée de Yosef, l’entourage des enfants a pour interdiction formelle de dire quoi que ce soit sur la Shoah. Curieux, ils déploient pourtant toute leur ruse pour pousser les membres de leur famille à parler de leur histoire, et continuent leurs recherches par leurs propres moyens. Le narrateur, Amir est particulièrement obnubilé par cette part d’histoire manquante et taboue.

Puis l’‘âge de comprendre’ arrive enfin, et chacun va se livrer, en particulier Yosef dans un monologue magnifique et terrible, auprès du lit d’hôpital où gît son comparse Lolek à la survie incertaine.

Âmes sensibles, soyez prévenues, les faits sont racontés par moments dans leur toute leur brutalité, et ce roman peut mettre son lecteur au bord des larmes, ou du haut le cœur. Mais les éclats de rires ne manquent pas, l’humour de l’écrivain équilibrant et relativisant cette lecture.

Oscillant entre la naïveté enfantine, les critiques corrosives, les savoureux portraits, les recherches rigoureuses, scientifiques, obsessionnelles même, et l’horreur de la Shoah, cette prouesse littéraire nous fait traverser l’histoire, l’Europe, et Israël.

Sans plan préétabli, de l’aveu de son auteur même, cette histoire nous promène, avec Amir en guide non éclairé poursuivant sa quête de vérité, initiatique pour lui comme pour nous, et nous donne à voir une nouvelle génération d’écrivains israéliens qui osent se tourner enfin vers cette partie de leur histoire, après des années d’un silence presque assourdissant.

Caroline Veto

Amir Gutfreund, Les gens indispensables ne meurent jamais (Gallimard, 2007)


Mots-clés : littérature israélienne |
20-02-2008 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 815 fois | Public
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