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Les 7èmes Rencontres Tebaldo
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Papier électronique communiquant, stratégies et enjeux

Tebaldo, observatoire de technologies (www.tebaldo.com), organisait le vendredi 26 une journée dédiée aux avancées sur le e paper et les readers, en français sur l’encre et les livres électroniques. Si l’on en croit les conclusions et les discussions à la dernière Foire de Francfort, le sujet du numérique semble enfin agiter le petit monde du livre, même si l’hexagone n’est pas à la pointe de l’Europe en ce domaine, encore moins du reste du monde. L’occasion était belle de disposer d’un panorama à date, comme d’entendre les avis prospectifs sur le sujet. Nous y étions donc.

Première surprise : nous n’étions pas très nombreux, une cinquantaine environ ; soit Tebaldo communique trop peu sur ses évènements (ils étaient présents au séminaire de juin dernier organisé par Dilicom), soit les acteurs de la chaîne du livre pensent déjà maîtriser l’avenir, soit ils ne s’intéressent guère aux bouleversements qui ne manqueront pas, avec plus ou moins d’ampleur, de les concerner dans un avenir proche.


Deuxième surprise : les Chinois et les Japonais, eux, étaient bel et bien là. Sans cacher être à la recherche de partenaires occidentaux, ils nous ont présenté un état des lieux assez précis de leur marché.

Troisième surprise : après ces quelques heures d’étude, il m’est apparu que la révolution qui nous attendait n’était pas nécessairement celle que nous redoutions le plus. Point de blitzkrieg du livre à l’horizon semble t-il, mais des applications déjà bien abouties, notamment pour le papier électronique, j’y reviendrai.

1)
Le point sur les avancées technologiques

e-paper : De quoi s’agit-il ? De deux pellicules de plastique entre lesquelles se déplacent des billes d’encre microscopiques. D’un support parfaitement lisible en pleine lumière. Résistant à l’eau. Au temps. Communiquant. Capable d’être mis à jour facilement, par Wi fi, par ondes radio. Bien que n’étant pas encore produit industriellement aujourd’hui, le papier électronique bénéficie déjà d’une technologie aboutie. Toute la prouesse consiste désormais à miniaturiser davantage encore les trois éléments suivants : processeur, mémoire et batterie. Déjà, la possibilité d’un chargement solaire est acquise. Le contenu s’affiche à distance dans de précises nuances de gris. L’avenir est à la couleur et à la flexibilité. S’agissant d’un produit destiné à remplacer le papier classique, la technologie est parfois entre les mains d’acteurs du secteur (imprimeurs), parfois entre celles de chercheurs dans d’autres secteurs (Bridgestone, pneumatiques)

Livre électronique : De quoi s’agit-il ? De contenus numériques lus sur de nouveaux supports, appelés readers. Nous sommes aujourd’hui à la deuxième génération de ces appareils. Sony semble le plus avancé, avec son modèle PRS 505 : dans son élégant étui de cuir, une tablette, avec un bouton menu et des raccourcis évidents (tourner la page, revenir au sommaire, marquer la page). Assez légère. Amazon, et son Kindle, ne semble pas parvenir à se convaincre. (http://www.mobilemag.com/content/100/337/C9474/)

En revanche, la question des contenus semble avancer avec moins de logique : si Google numérise à la chaîne (http://books.google.fr), si www.gutemberg.org propose beaucoup de textes libres de droit, la question du format, très importante, reste en suspens. En effet, textes seuls, ou textes et images, transférés en l’état sur les readers, ne permettent que rarement de convaincre les lecteurs. A chaque fois, un travail de mise en forme importante est à prévoir. Pour passer d’un format à l’autre, mais surtout pour adapter le format au reader dédié de façon satisfaisante, des plateformes techniques sont nécessaires. La gageure technique consisterait à trouver un standard, de fichier et de support de lecture, pour mettre tous les lecteurs du monde d’accord. Cette évolution semble mal engagée aujourd’hui.   Le pari commercial, lui, est encore plus simple : comment convaincre le public de s’approprier une machine qui n’est ni un téléphone, ni un PDA, et moins qu’un ordinateur portable ? A un prix d’au moins 200€ ? La marge de manœuvre est bien mince. D’ailleurs, au Japon comme en Chine, ce sont plus les téléphones portables et autres PDA qui servent déjà de lecteurs.

A contrario, inutile de dénier la capacité humaine à s’accaparer la lecture sur écran : les chiffres parlent d’eux-mêmes (en Chine par exemple la lecture sur papier diminue alors que la lecture sur écran a augmenté de 30% en 10 ans) !

Pour en savoir plus, http://e.paper.free.fr/index.php?p=videos

2)
L'existant, ici et ailleurs : Chine, Japon, France, Canada, etc.

Le seul vrai marché existant aujourd’hui est en Chine. Quelques indicateurs : la volonté politique est forte, puisque tout texte édité papier doit l’être numériquement. Il y a 200 millions d’internautes. Le CA de l’édition numérique est d’environ 2 milliards d’euros. Le volume des ventes de livres électroniques est passé de 9000 exemplaires en 2001 à 10 millions en 2005, partagés entre 450 éditeurs distincts. Le modèle le plus répandu est la publication synchronisée du livre papier et du livre numérique. Les plateformes de lecture sont multiples : PC, téléphone portable, reader.

Parmi les expériences les plus intéressantes, citons en outre celle de la société Stareread (http://www.stareread.com/en/reader.html)  : avec 1500 points de vente en Chine, les librairies Star Bookstore ont eu l’idée d’animer leur réseau de 13 millions d’acheteurs ; Star a donc créé un site Internet de téléchargement (environ 4500 livres avec droits d’auteurs négociés), investit dans la production d’un reader (un des plus fins et des plus légers du marché aujourd’hui), ouvert jusqu’à 150 librairies sans papier, et proposé à ses lecteurs la location reader + titres à 50% du prix de vente public. Et çà marche ! La société prévoit d’écouler 250.000 machines en 2008 et d’être côtée à la Bourse américaine des valeurs technologiques.


Autre acteur important en Chine, l’Université, notamment celle de Pékin, qui a produit 2 readers, 2 sites Internet, 300.000 livres et 200 journaux téléchargeables.

Enfin, notons les premières expériences de cartable électronique l’an prochain, avec un essai dans 10 lycées.

Gares, arrêts de bus, hôpitaux, écoles, l’affichage à base de papier électronique est testé dans de nombreux endroits au Japon. Bridgestone a installé une usine à Tokyo. Parallèlement, la lecture du journal numérique représente presque déjà 10% du marché (20% en 2015). Le marché du livre électronique représente 9 milliards de yens en 2005. Grâce à des connexions illimitées sans surcoût à Internet, le téléphone portable est le support privilégié du contenu numérique. Les japonais travaillent aussi sur l’idée de disposer de papier électronique sur lequel le portable transférerait son contenu, pour lecture particulière. Ce qui est une idée intéressante.

Et la France ? Quels sont les résultats des expériences récentes ? Deux exemples principaux.

Les Echos d’abord. Avant l’été, le quotidien économique a proposé des abonnements avec reader (lire ici). Résultats ? Environ 1000 clients reçoivent aujourd’hui jusqu’à 12 versions différentes du journal, plusieurs fois par jour. Ça marche. Mais le coût tout compris reste trop important pour rallier les foules. Certaines marques, Citroën par exemple, ont toutefois utilisé le projet pour communiquer en interne comme auprès de leurs clients importants, par l’intermédiaire d’un magazine créé pour l’occasion et mis à jour tous les 2 mois.

Flammarion ensuite : l’éditeur généraliste a travaillé avec un de ses auteurs de polars, Henri Loevenbruck, sur l’adaptation en ligne ou sur reader d’un roman, Le Syndrôme Copernic. Lisible sur reader, le roman a aussi donné naissance à un site à visiter, http://www.hacktiviste.com, préambule possible à une adaptation sur reader couleurs à l’avenir, un peu à la manière de nos anciens cédéroms, ou à celles des bonus de nos DVD.

Que dire enfin de l’adaptation de Martine (Casterman) sur Nintendo DS ? (http://www.afjv.com/press0709/070920_martine_ferme_nintendo_ds.htm)

Ailleurs, au Canada par exemple, un projet important de e-newspapers est en cours d’élaboration.

Ailleurs, aux Pays Bas, la chaîne de librairies Selexyz (Groupe BGN) se lance dans la distribution du reader e-paper Iliad d'Irex Technologies.

Ailleurs, aux Etats-Unis, Hachette annonce la numérisation de plusieurs milliers de titres de livres.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur http://www.cluster21.com/

3) Comportements acquis, comportements incertains

Si nous devions dresser rapidement la liste de nos convictions et celles de nos doutes, voici à quoi elle ressemblerait aujourd’hui :

-
La tendance à lire sur écran est une tendance de fonds, qui se développe fortement.

-
La presse est un exemple probant, le développement de l’information en ligne est acquis, la lecture des news est bouleversée.

-
Le papier numérique fait l’objet de recherches nombreuses, et ses applications en termes d’affichage, par exemple, sont d’ores et déjà testées et souvent approuvées.

-
L'adéquation à la lecture d’un support dédié n’est pas acquise.

-
La création d’un reader et d’un format universel, sans être impossible, est peu crédible.

-
Les supports numériques existants (PC, téléphones, etc.) ont déjà fait exploser le volume d’écrit disponible sur la planète. Le mouvement devrait s’amplifier encore ; et la diffusion des textes se tribaliser.

-
La chaîne classique de distribution de l’écrit (en France par exemple, auteur/éditeur/distributeur diffuseur/libraire) devrait quant à elle se raccourcir.

Nicolas Kazinski



Mots-clés : l'avenir du livre |
31-10-2007 | Envoyer | Commentaires (2) | Lu 191 fois | Public
 
  le 04-11-2007 :   Lorenzo Soccavo / NouvoLivrActu (nouvolivractu.cluster21.com)
  Si je ne devais souligner qu'un aspect de ce qui est en train de se passer dans l'univers de l'imprimé en général et du livre en particulier (et pour, entre guillemets, "corriger" un peu un point de vos conclusions ["La tendance à lire sur écran..."].) je préciserais bien que le e-paper est une évolution du papier, et non des écrans (lesquels évoluent de leur côté et nous réservent bien des surprises...)
P.S. un bon compte-rendu complet en tout cas pour ceux qui n'ont pas pu comme nous être présents à ces rencontres Tebaldo.
  le 13-11-2009 :   Lyrice
  2 milliards d'euros pour le CA de l'édition numérique chinoise? Je doute beaucoup. Quelles sont vos sources?

Merci


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