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Jérôme Lafargue signe ici un roman où se rencontrent Borges et Stephen King – l’argument rappelle en effet Vue imprenable sur jardin secret, longue nouvelle explicitement citée dans le roman, dans laquelle un écrivain recevait la visite de l’un de ses personnages venu l’accuser de plagiat ; on pourra aussi rapprocher L’Ami Butler de La Part des Ténèbres, dans lequel un romancier se retrouvait pourchassé par son ancien pseudonyme qui avait pris corps. L’influence borgésienne se voit quand à elle dans la narration méta textuelle adoptée par Jérôme Lafargue : à l’histoire proprement dite se mêlent de longs extraits du journal de Timon, et surtout des exemples de biographies inventées par ce dernier, qui se révèlent un jeu littéraire assez délicieux. On citera par exemple Maria Sombrano, jeune femme chez qui le débordement d’idées causait de forte fièvre, et qui s’avère avoir soufflé involontairement à la plupart des auteurs sud-américains du XXe siècle l’essentiel de leurs textes, ou bien encore Ricardo Rekarte, qui tenta de créer le roman ultime en compilant des extraits d’œuvres existantes pour en faire une créature de Frankenstein littéraire. Jérôme Lafargue passe d’un genre à l’autre avec virtuosité, s’amuse et amuse le lecteur, tisse un réseau de références sans pour autant faire étalage de sa culture et préfère une approche ludique de son matériau. Un premier roman où l’amour de la littérature transpire à chaque page, et un coup d’essai qui donne envie de suivre Jérôme Lafargue sur les sentiers de son imaginaire. Franck Suzanne Jérôme Lafargue, L’Ami Butler (Quidam Editeur, 2007) |






