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New Thing
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Une rythmique syncopée, pulsion venue d’Afrique, des sons éructés au travers d’un saxophone et qui se muent en un cri de colère, des musiciens se retrouvant dans des caves pour y souffler leur rage, c’est le free jazz, vague de libération musicale et politique. C’est aussi le sujet de New Thing de Wu Ming 1.

Wu Ming, contrairement à ce que son nom laisse entendre, n’est pas chinois mais italien. De plus, ce n’est même pas un auteur. Ou disons : plus qu’un auteur. Il s’agit en réalité d’un collectif de cinq écrivains, formé en janvier 2000 : le nom chinois Wu Ming, selon la façon dont on le prononce, signifie ‘pas d’auteur’ ou ‘cinq auteurs’, une signature également appréciée des dissidents chinois. Derrière ce nom se cache un collectif d’activistes présents sur différents médias, héritiers du Luther Blissett Project, dont l’un des objectifs était d’introduire sciemment des informations erronées dans le circuit médiatique afin de démontrer le manque de sérieux de la plupart des ‘faiseurs d’opinion’. Entre autres canulars, ils ont inventé de toutes pièces l’artiste conceptuel Harry Kipper, auquel l’émission Chi l’a visto ? consacra un numéro lors de sa ‘disparition’. Ils ont également réussi à faire croire que Nike avait soudoyé la municipalité de Vienne afin qu’elle rebaptise la Karlsplatz en Nikeplatz. Les Wu Ming se consacrent pour l’essentiel à la littérature ; leurs identités ne sont pas secrètes, mais ils préfèrent mettre en avant le texte plutôt que de mettre en avant la célébration de l’écrivain, et aiment donner des conférences de presse en passe-montagne – leur côté ‘Canal Littéraire Historique’.



Les Etats-Unis, 1967, c’est le pic de la lutte pour les Droits Civiques. Malcolm X a été assassiné, ce sera bientôt au tour de Martin Luther King, la lutte s’intensifie, et certains comme les Black Panthers prennent les armes. La guerre civile n’est pas loin. Cette colère s’exprime aussi dans la scène jazz. Suivant l’impulsion de John Coltrane, des musiciens rompent avec les règles harmoniques européennes, blanches pour tout dire, cassent les règles, retrouvent la voie des rythmes africains, et leur colère prend la forme d’une musique nouvelle. Au milieu de cette effervescence, des musiciens sont assassinés, le tueur est vite surnommé Le Fils de Whiteman. Une journaliste enquête. C’est tout cela que raconte New Thing, un roman polyphonique qui donne parfois l’impression de visionner un documentaire : Wu Ming donne la parole à quatre personnages principaux, témoins des faits. Flaubert testait ses textes en les hurlant sur une berge des bords de Seine, et il faudrait idéalement faire de même avec New Thing : ce roman est à lire à voix haute, à gueuler par moments, pour en faire ressortir la pulsion qui rythme ses pages : ces voix qui se recoupent et se contredisent parfois prennent la forme d’un chorus où les instruments viennent s’entrechoquer, formant un maelstrom de sons et de couleurs. Le tout entrecoupé d’articles de journaux et de sources extérieures diverses. L’auteur-compositeur n’oublie jamais de pratiquer le contrepoint.

Rares sont les livres dont l’écriture épouse autant le sujet, jusqu’à devenir le sujet-même. C’est pourtant ce petit miracle qu’a accompli Wu Ming 1, qui associe la force du thème et la puissance de la langue. L’écriture de New Thing est exigeante – à peu près autant que l’écoute d’un live d’Ornette Coleman -, mais le lecteur qui saura pénétrer ce flot de paroles entrechoqué découvrira l’un des romans les plus passionnants de cette rentrée.

Franck Suzanne 

Wu Ming 1, New Thing (Métailié, 2007)

Pour en savoir plus sur Wu Ming.


Découvrez John Coltrane!


Mots-clés : littérature italienne |
17-10-2007 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 3021 fois | Public
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