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Tout ça pour ça...
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J’ai beau essayer de me creuser le crâne pour trouver une formule élaborée, explicite qui irait au fond de mon ressenti, rien ne caractérise mieux le sentiment que me laisse la lecture de L’aube, le soir ou la nuit  que le simple mot : déception. Mais attention pas la simple expression trop souvent utilisée légèrement, non la vraie déception qui laisse un goût amer, l’énorme gâteau crémeux sur lequel on voudrait se jeter  jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il est en plastique (je sais la comparaison est un peu étrange mais c’est vraiment l’image que j’ai en tête...).

Je vous explique : juin, présentation de rentrée littéraire de Flammarion, les auteurs français plus ou moins passionnants se succèdent, certains vous font sourire, d’autres vous font bailler, d’autres encore réussissent à vous entraîner l’espace de quelques minutes dans leur univers et vous laissent ensuite sur le rivage avec l’envie d’un petit tour supplémentaire (je pense à Julien Capron qui nous propose une lecture dans laquelle il met tant de cœur et de vérité qu’il nous laissera un souvenir plus vivant que ses congénères).

Puis arrive celle qui est sans conteste la star de cette soirée : Yasmina Reza. Volonté de Flammarion de l’installer dans ce rôle glamour et volonté de sa part à n’en point douter de s’y complaire.

Yasmina Reza a du charisme, on ne peut pas lui retirer, elle est auréolée aussi du succès et  de la qualité de certains de ses écrits et l’ébullition qui existe autour de son nouveau projet nous laisse présager de quelque chose d’exceptionnel, et c’est ainsi qu’avec très peu d’humilité et de modestie (ce ne sont pas ses qualités premières) elle le présentera.

Elle a écrit quelque chose de NOUVEAU - attention, pesez bien le poids de ce mot dans le paysage littéraire, présent et passé -, quelque chose qui n’a jamais été fait, un concept littéraire en bref. Vous qui avez un peu lu au cours de votre vie, qui vous êtes un peu intéressé à l’histoire, aux biographies de personnages célèbres, au destin des hommes de pouvoir, préparez vous : ce que Mme Reza va vous offrir ne ressemblera à rien  à ce que vous avez pu lire avant ! Les lumières baissent, le silence se fait, les respirations s’arrêtent, la température monte, on en entend quelques uns déglutir, le bruit des cymbales pousse l’émotion à son comble, l’attente devient insupportable.

Yasmina Reza nous présente alors ce qui devra tous nous étonner, nous surprendre et nous émerveiller, elle a décidé de suivre pendant un an telle une petite souris le quotidien et l’intimité d’un homme politique, entendez par intimité la part « humaine », naturelle et sans fards d’un homme qui, étant surexposé, doit tout jouer, calculer, ne rien laisser au hasard.

Effectivement cela n’a jamais été fait, Mme Reza nous propose de devenir des secondes peaux par son biais et de vivre et de connaître un personnage qui pourrait gouverner notre pays au cœur même de ses sentiments le plus humains. Tout cela en gardant toujours une objectivité qui est la condition sine qua non de la réussite d’un tel projet.

Avouez que ça donne envie, moi, ça m’a donné envie, j’ai été intriguée, titillée, et impatiente de pouvoir me plonger dans cet univers quelque peu voyeur mais ô combien intéressant.  Le choix du personnage m’intéressait peu, l’intérêt résidant dans le concept, mais voulant en avoir le cœur net j’ai posé la question : est-ce le concept qui s’est trouvé une proie ou est ce le personnage qui vous a inspiré le concept ? Mme Reza l’affirme, c’est bien l’idée qu’elle voulait mettre en œuvre qui a trouvé un candidat idéal en la personne de Nicolas Sarkozy. Une autre question évidente suit alors : Le projet aurait-il connu le jour si il n’y avait pas eu Nicolas Sarkosy ? Et c’est là que j’aurais du avoir la puce à l’oreille car Mme Reza reste très évasive en arguant qu’il ne pouvait à l’évidence n’y avoir que lui, oui mais si il n’avait pas été là ? Éludé… Qu’importe, je suis toujours séduite par l’idée et c’est avec empressement que je m’empare du petit sac offert par Flammarion contenant les ouvrages de la rentrée littéraire et donc l’objet de ma convoitise. Je cherche je cherche mais non, il avait effectivement été précisé qu’il était encore en impression donc que nous n’aurions pas la version définitive aujourd’hui mais j’espérais peut être une épreuve, un extrait …. Le secret aura donc été bien gardé et le mystère restera entier, rien de tel pour entretenir on ne peut plus vivement la flamme de ma curiosité.

Le temps passe et voilà arrivé le jour où je peux enfin assouvir ma fichue curiosité et comprendre  ce nouveau concept littéraire qu’a élaboré Yasmina Reza : ...................................................................................................

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.........................................................gloups..................................................................................

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Les paragraphes se suivent et se ressemblent, elle a du tirer la langue de la même manière que celle qui enfile les perles une par une sur un maigre fil et c’est avec beaucoup de fierté qu’elle arborera le collier qu’elle a fabriqué. Mais les perles sont creuses et de mauvaise qualité, on voit qu’elles ont été assemblées vite, sans soin et sans recherche.

Du vide, du vent, les mots sont durs mais c’est bien ce qu’on trouve au fil des pages de L’aube, le soir ou la nuit, cela manque cruellement de consistance. On nous y raconte qu’aujourd’hui NS est à tel endroit, avec telles personnes et qu’il agit de telle manière, en prononçant tels mots, que cela donne à YR telle pensée , point à la ligne, fin du paragraphe et on passe à un suivant etc etc . On a beau attendre, espérer, rien ne se passe, il n’arrivera pas le moment où on sera surpris, épaté, intéressé.

Il est en revanche évident dès les premières pages que l’objectivité n’a pas su garder sa place bien longtemps et que l’auteur s’est laissé séduire par le charisme du personnage. On entrevoit effectivement l’humanité et les facettes attachantes du « sujet d’étude » mais fi de la profondeur, de la texture et de la recherche littéraire.

La montagne médiatique a accouché d’une souris anémique…

Considérations politiques mises à part, il semblerait que deux ego se soient rencontrés et que ces deux ego se soient appréciés. Fin de l’histoire. Finissez vos verres m’sieurs dames le spectacle est terminé.

Yasmina Reza nous aura offert un livre tout à fait dans l’air du temps, les personnages politiques deviennent plus people, on a accès à l’envers du décor mais finalement la simple énumération ne présente pas plus d’intérêt qu’un Voici dans la salle d’attente du dentiste.

Rien n’a changé et surtout pas le paysage littéraire, il ne suffit pas de décider qu’on innove pour innover, même avec force conviction.   

Dorothée Défontaine 

Yasmina Réza, L’Aube le soir ou la nuit (Flammarion, 2007)

crédits photos AFP.



19-09-2007 | Envoyer | Commentaires (1) | Lu 3772 fois | Public
 
  le 19-06-2008 :   céline (www.enlivrezvous.fr)
  Analyse très intéressante de ce livre... Intriguée au départ, j'avais aussi été très déçue par la piètre qualité littéraire de ce titre.


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