En 1949, Peter Sis voit le jour en Tchécoslovaquie, pendant la guerre froide. La Seconde Guerre mondiale est finie, les Allemands sont partis mais les russes occupent le pays. Le rideau de fer tombe. Tout contact avec l’Europe de l’ouest est désormais impossible. Peter Sis nous raconte cette vie, sa vie d’alors. Il énumère les tâches obligatoires, comme les cours de russe, l’inscription aux jeunesses communistes, le défilé du Premier Mai, les séances de gymnastique…etc.… la liste est longue. Pourtant, des fragments d’informations et même de musique (Elvis, les Beatles) commencent à filtre à travers le rideau de fer. En 1968, le pays commence à s’ouvrir, ce qui débouchera sur le Printemps de Prague. En mai 1968, la censure est levée et des échanges (sur invitation) avec l’Europe de l’ouest sont même possibles. Liberté de courte durée. En août 1968, nouvelle invasion soviétique. Le contrôle totalitaire recommence jusqu’au 09 novembre 1989, date de la chute du mur de Berlin.
Grâce à un mélange de dessins et de textes extraits de ses carnets, l’autobiographie de Peter Sis échappe à toute monotonie et devient un témoignage historique vivant. L’alternance de vignettes illustrées (style BD), de dessins pleine page, tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur, de textes éloquents dans ce qu’ils évoquent, aide à une progression ludique dans l’histoire de Peter Sis à travers celle de son pays. On apprend ainsi qu’il a toujours dessiné, dès son plus jeune âge, (chez lui ce qu’il voulait mais à l’extérieur ce qu’on lui disait de faire). Epris de liberté, il se rebelle dans la mesure du possible. Il essaie de se laisser pousser les cheveux, il fonde un groupe de rock, il réussit même à partir en Angleterre en 1968 ! Plus tard, il animera une émission de radio, fera des films d’animation, ce qui lui permettra d’obtenir des autorisations de sortie de territoire, avec bien sûr obligation de rentrer. En 1984, il résiste et reste aux Etats-Unis où il réside encore aujourd’hui.
Peter Sis a obtenu de nombreux prix pour ses œuvres (prix Sorcières pour Madlenka, mention spéciale du salon de Montreuil pour Les trois clés d’or de Prague…). Ses livres, accessibles en général à partir de 8 ans, se regardent en détail (ils en foisonnent) et se lisent avec soin (tant d’informations dans ses textes !). Il fait partie des auteurs incontournables de la littérature jeunesse et chaque nouvelle production de sa part est un évènement. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle.
Catherine Brosse
Peter Sis, Le Mur (Grasset, octobre 2007)