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Bukowski ou les vrilles de l'esprit
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Vous voulez tout savoir ?

Soit.

La vérité, c’est que je ne suis pas d’abord tombée amoureuse de Bukowski. J’ai aimé celui qui me l’a fait aimer avant de l’aimer, lui le 'vieux dégueulasse génial'.

Très simple.

18 ans.

Le seul mot liberté à cet âge adolescentesque revêt des allures glamour en diable ; j’existais autant que faire se peut, c'est-à-dire que je faisais tout ce qu’on peut faire à la majorité gagnée. De nombreuses soirées surtout. Je ne vous apprends rien. C’est au cours de l’une d’entre elle que je rencontre celui qui me séduit d’un coup de regard, droit au cœur, vlan, touché, coulé, je me noie dans ses yeux et ses paroles m’absorbent. C’est un savant, c’est un fou, c’est un savant fou et me voilà folle de lui. Ses gestes amples et frénétiques quand il évoque un Baudelaire révolutionnaire me font succomber, ses yeux d’un bleu d’acier azuré m’angoissent et m’impressionnent, sa voix au…'Bukowski'.

Qui est ce personnage dont il parle soudain comme d’un alter ego, d’un frère de sang ?

'Bukowski'
. Jamais entendu parler, mais le nom m’est tendre malgré la violence que je devine dans ce double « k » brutal. Oui, ce doit être un k, un énergumène hors paire le Bukowski, le polak devenu américain. Enfin non, devenu quelqu’un mais américain, comme on l’entend aujourd’hui, certainement pas. 'Bukowski, symbole paradoxale de liberté assumée.', me dit l’homme fou que j’aime déjà.…Le lendemain, ni une ni deux, je me rue dans une librairie, n’importe laquelle et ce fut celle du coin de ma rue, rien d’original, sorry. J’achète du Bukowski par ci, du Bukowski par là, je dévalise les rayonnages, je les veux tous, dans toutes les éditions, 'Donnez moi du Bukowski, allez, allez, je suis sûre qu’il en reste un au fin fond de l’un de vos stocks oubliés !'

Et je lis Bukowski. Non, je vis avec Bukowski. Pendant des jours, des semaines, des mois…qui font désormais des années.

Ses folles escapades, ses turpitudes cachées, ses amours chiennes, ses ivresses de chaque heure : je vis tous ces Bukowski mis en scène par un type qui plaça sa vie au cœur de son œuvre, qui transforma ses journées de misère en une œuvre de trottoir magnifique, qui déclina sa propre personne en une multitude de personnages qui ne forment qu’un seul et même être.De l’art brut, vous dis-je.Une véritable poésie du quotidien pour celui qui se forgea une condition de 'rejeté social', de 'paria' , et dont l’existence pourrait ressembler à une errance sans fin, de zinc en putasseries, de chambres miteuses en terrains vagues…mais c’est sans compter le génie d’écriture qui sublime cette forme de clochardisation pour en faire ressortir une vérité criante.

'La différence entre l’art et la vie, c’est que l’art est plus supportable.'

Dixit le phénoménal Bukowski.

C’est pourquoi il se servit des mots pour transcender ses jours et ses nuits. Un alchimiste aussi.

Ne soyez pas choqué par Bukowski, vous savez qu’il a raison. Ne vous arrêtez pas à ceci ou à cela, allez au-delà de vos a priori, dépassez ce qu’on peut bien dire sur la littérature, sur ce qu’elle doit être ou ne pas être.

Faites lui confiance, il a tout compris, remettez vous entre ses mains jaunies par le tabac, vous ne serez pas déçu de ce voyage au cœur de l’art.…Un jour, l’homme qui m’a fait découvrir Bukowski et qui m’aimait, je crois, et que j’aimais, je croyais, me dit alors que je lui parlais du maître avec ferveur :

'Tu es tombée amoureuse de ce fou pervers et solitaire ?
- Plus.
- Alors je ne serais plus jamais à la hauteur. A tes yeux.'

Les amours passent. Mais si vous rencontrez Bukowski, que vous vous prenez à l’aimer, ce sera d’éternité.

A lire : TOUT. Je n’aime pas les énumérations, j’ai toujours peur d’en oublier mais quand même, si vous voulez vous lancer Sur la route  (on a trop souvent associé Bukowski à la Beat Generation et à ses Kerouac vagabonds, ceci explique cela) voici quelques chemins de traverses :

- Journal d’un vieux dégueulasse (chroniques)- Contes de la folie ordinaire (nouvelles)- Le Postier (roman)- Au sud de nulle part (nouvelles)- L'Amour est un chien de l'enfer (poèmes)- Souvenirs d'un pas grand chose (roman)- Pulp (roman)

Axelle Perrin

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Mots-clés : littérature américaine |
12-07-2007 | Envoyer | Commentaires (9) | Lu 7363 fois | Public
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