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« People are afraid to merge ». En 1985, Bret Easton Ellis explosait sur la scène littéraire mondiale avec Moins que zéro, chronique d’une jeunesse dorée sans identité et manifeste d’une écriture behavioriste dont l’influence perdure encore, comme si Salinger était parti en virée avec Bukowski. On retrouve du Ellis chez ses contemporains tels Jay McInerney, mais aussi malheureusement chez pas mal d’écrivains français qui pensent qu’écrire au présent des histoires de défonce à la coke suffit à faire d’eux des chantres de la modernité, mais c’est une autre histoire. La publication de Lunar Park avait laissé certains de ses lecteurs circonspects ; cette fausse autofiction marquait-elle le début d’une nouvelle période de son œuvre ou un début de manque d’inspiration ? Contre toute attente, il nous offre aujourd’hui la suite de son premier roman, Moins que zéro, toujours sous un titre inspiré du répertoire d’Elvis Costello – le rocker binoclard se demandait à l’époque qui pouvait s’intéresser à ces histoires de californiens camés, Ellis ne doit donc pas trop lui en vouloir. Devenu scénariste, Clay retrouve le soleil de plomb de Los Angeles, ses piscines, ses soirées et ses repères brouillés, où il va peut-être tomber amoureux. Mais rien ne change vraiment… Se demander si Ellis tourne en rond n’est en réalité pas une question pertinente, tant son œuvre est marquée par le motif de la boucle et de l’enfermement. Et que l’on soit à Los Angeles ou à New York, « il n’y a pas d’issue ». Les premières pages de Suite(s) impériale(s) prennent la forme d’un pied de nez, où Clay évoque la publication de Moins que zéro, et surtout la sortie du film qui en a été tiré ; on se souvient qu’Ellis s’était demandé pourquoi le studio s’était donné la peine d’acheter les droits d’adaptation, tant le film n’avait que peu de points communs avec le roman, il semble avoir la rancune tenace. Clay n’est guère convaincu non plus, et en profite pour revenir sur certains moments clef de Moins que zéro, dont bien évidemment la projection du snuff. « Disparaître ici »… revenir là : vingt-cinq ans après les faits, Clay quitte New York et revient en Californie pour travailler sur un nouveau film, The Listeners – un écho de l’expérience d’Ellis sur l’adaptation de The Informers ? Qu’est-ce qui a changé ? Pas grand chose : on consulte dorénavant mails et SMS sur iPhone, on regarde Lost, Paul Young a été remplacé par The National et Bat for Lashes. Blair et Trent vivent un mariage sans amour. Julian dirige un service d’escort très privé. Clay n’est pourtant plus le jeune homme passif de Moins que zéro, il est dorénavant capable d’actions… dont les conséquences seront dramatiques, il va sans dire. Caly se rapproche désormais d’un autre personnage ellisien, le très paranoïaque Patrick Bateman, et entre la Jeep bleue qui le suit partout et les SMS anonymes qu’il reçoit, il a de quoi faire : Imperial Bedrooms prend dès lors la forme d’un roman néo-noir, mais dans un format ramassé, plus proche de la concision de Moins que zéro et Les lois de l’attraction que de la profusion textuelle de Glamorama. Suite(s) impériale(s) est un roman tendu, au désespoir palpable, dont la dernière page est paradoxalement l’une des plus touchantes écrites par Ellis. Franck Suzanne Bret Easton Ellis, Suite(s) impériale(s) (Robert Laffont, 16 septembre 2010) |












