« Le couteau qui m’a tué n’était pas un couteau ordinaire ».
Voilà ce dont Paul essaie de se convaincre tandis qu’il tente de se rejouer la scène de sa propre mort. Au cours de ce roman, le lecteur assiste alternativement à ce moment crucial, et aux quelques jours qui l’ont précédé.
Dans le lycée de Paul, c’est Roth qui fait la loi. Plus effrayant que tous les autres réunis, autant par sa force que par sa méchanceté, il est prêt à tout pour conserver son statut de meneur. Entouré de ses sbires, il effraie petits et grands pour le plaisir de constater sa supériorité. De l’autre côté de la cour, Shane et ses amis, surnommés les Zarbis, sont naturellement exclus pour cause de non-violence affichée.
Entre les deux, Paul cherche sa place et se cherche lui-même.
Le même jour, il va être approché par Roth qui lui demande un service, et par les Zarbis dont il va secourir l’une des membres, Maddy. Prisonnier de ses angoisses et de ses envies, flatté d’être considéré par Roth et fasciné par le charisme de Shane, il nous fait vivre une histoire à la fois tristement banale et riche en suspense, en tension dramatique.
La construction binaire met réellement en perspective les hésitations de ce garçon, ses questionnements lucides, graves et inquiets - le Bien ? le Mal ? - tandis que le couteau prend tout son temps pour atteindre sa cible. Et quand bien même l’attente pourrait sembler un peu longue, le procédé un peu surfait, elle nous emmène vers un dénouement intense qui mérite largement ce petit effort.
Un roman sombre, pessimiste, mais également un texte fort et réaliste qui propose une réflexion sur le chemin à emprunter pour pouvoir se sentir humain, les choix qui y mènent, et les pièges de la facilité.
Caroline Veto
Anthony McGowan, Récit d’une mort annoncée (Milan, collection Macadam, 2009)