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Tatiana est une adolescente mexicaine en voyage à Berlin avec toute sa famille. Dans le métro bondé, au retour d’une manifestation organisée pour protester contre les 25 années d’existence du mur, cette « icône de la guerre froide », elle fait une étrange rencontre. « Juste devant moi, dans cette rame de métro bondée, était assise une très vieille femme, presque centenaire je dirais, coiffée d’un foulard qui encadrait un large front, protubérant comme une planète en colère. Elle avait des yeux noirs enfoncés dans leur orbite et un visage carré aux lourdes mâchoires qui était remarquablement masculin. Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945, tout le monde savait ça… » Berlin, 2007. Tatiana vit à Berlin depuis 5 ans, enchaînant les emplois précaires et subsistant grâce à l’argent que ses parents continuent de lui adresser. Agée à présent d’une trentaine d’année, cette jeune femme solitaire ne se livre jamais complètement. Comme elle refuse de s’impliquer, ses relations - qu’elles soient amicales ou amoureuses – se terminent toujours dans un épais brouillard.
Un nouvel emploi va lui donner l’occasion d’approfondir le sujet. Engagée par un vieil historien, Weiss, elle doit transcrire les heures de réflexions que celui-ci a enregistré sur son dictaphone, concernant la ville, ses quartiers, son histoire, ses secrets. Weiss lui donne également une autre mission, qui va l’amener à faire diverses rencontres. La « simplette » qui mendie à Alexanderplatz, Jonas le météorologue amoureux des nuages, le travesti du tramway, sont autant de figures, plus ou moins fugitives, qui esquissent un paysage à la limite entre rêve et réalité, à l’instar de sa propre vie qu’elle semble frôler en permanence, sans parvenir à l’appréhender réellement, fuyante comme un nuage. Ce roman tout en finesse revisite Berlin et son histoire tout en traçant la trajectoire très actuelle de Tatiana, comme une balise contemporaine guidant le lecteur au milieu des souvenirs. Et, est-ce en raison de ses origines mexicaines, l’auteur réussit à glisser des éléments à la limite du fantastique - fantômes et esprits frappeurs, brouillard apocalyptique – qu’il suffit d’admettre pour qu’ils intègrent la réalité du roman. Dans ce premier roman, Chloe Aridjis a su trouver l’équilibre parfait pour une déambulation « sur le fil ». Caroline Veto photo Stéphane Haskell |












